Oiseaux Sentinelles des Risques Littoraux


SENTI•RISK : Les oiseaux sentinelles au service de nos côtes
Le projet SENTI-RISK (Oiseaux Sentinelles des Risques littoraux) est une initiative de recherche explorant l'écologie du mouvement pour évaluer la vulnérabilité de nos interfaces côtières du Golfe de Gascogne face aux changements globaux. En s'appuyant sur le suivi par télémétrie GPS haute résolution, le projet vise à identifier les zones sous pression anthropique et à analyser la plasticité comportementale des individus face à un environnement changeant.

Légende : Les oiseaux sentinelles face au gradient des risques littoraux
En s'appuyant sur l'exemple représentatif des Pertuis Charentais, ce schéma illustre la connectivité entre les écosystèmes littoraux et les pressions étudiées par le projet à travers le Golfe de Gascogne.
1 Pressions et risques en mer : Cette zone concerne l'intensification des activités en haute mer, notamment le développement des parcs éoliens en mer et l'augmentation du trafic maritime. Les oiseaux marins (sternes, goélands) servent ici d'indicateurs de connectivité et d'interaction avec ces nouvelles infrastructures.
2 Dynamiques d’interface et changements globaux : À l'interface, cette zone regroupe les contraintes physiques liées au climat (températures, régimes de vents) et aux risques côtiers (submersion, érosion vasière). Les sentinelles de cette zone (goélands, courlis, bernaches) révèlent la capacité d'adaptation des populations face à la modification de leurs zones de nourrissage.
3 Pressions anthropiques terrestres et continentales : Cette zone traite de l'impact de l'urbanisation, de l'agriculture intensive et des zones industrielles. Les espèces nichant ou s'alimentant à l'intérieur des terres (goélands, cigognes) permettent de quantifier le report des pressions du littoral vers le continent.
Le rôle des Sentinelles : En haut du graphique, les espèces suivies par GPS agissent comme des vecteurs d’information biologique reliant ces trois classes de pressions.
Le littoral : une interface critique sous pressions cumulées
Les zones littorales, véritables charnières entre les écosystèmes marins et terrestres, sont aujourd'hui parmi les environnements les plus vulnérables. Comme le mettent en évidence de récents travaux de référence en écologie côtière (ex. : He & Silliman, 2019), ces milieux subissent de plein fouet des effets cumulatifs liés à une double menace:
- Les bouleversements globaux : Les dérèglements climatiques imposent un stress de fond, marqué par le réchauffement des eaux, la montée du niveau marin, ainsi que l'acidification et la désoxygénation des océans.
- L'intensification des pressions locales : À ce contexte global s'ajoutent des perturbations anthropiques directes. En mer, les habitats sont fragmentés par l'expansion de l'éolien offshore, l'augmentation du trafic maritime et les interactions avec les pêcheries. À terre, l'urbanisation galopante et les infrastructures bloquent la connectivité naturelle avec l'océan, tandis que l'agriculture intensive génère des apports excessifs de contaminants et de nutriments responsables de l'eutrophisation des eaux.
L'objectif de SENTI•RISK : Face à l'amplification de ces risques combinés, le projet s'appuie sur le suivi de prédateurs supérieurs comme sentinelles écologiques. En modélisant leurs interactions avec ces diverses menaces, nous visons à cartographier les zones de conflits et les corridors de connectivité essentiels, fournissant ainsi des outils d'aide à la décision concrets pour la résilience et la gestion durable du littoral.
Notre approche scientifique

Légende : Le suivi télémétrique par balises GPS-GSM à haute résolution
Ce schéma illustre notre méthodologie d'acquisition de données à travers le gradient d'habitats. Les oiseaux sont équipés de balises miniaturisées qui enregistrent en continu leurs positions spatiales et leurs comportements. Ces balises utilisent le réseau GSM (Global System for Mobile Communications) pour transmettre les données récoltées via les réseaux de téléphonie mobile terrestres. Cela permet une transmission des informations en temps réel lorsque l'oiseau s'approche des antennes relais côtières ou continentales.
1. Modélisation des choix d'habitats (Fonctions de sélection par pas)
Nous étudions un panel d'espèces complémentaires dont les déplacements couvrent l'intégralité du gradient, de la haute mer aux marais intérieurs. À partir des données de suivis GPS, nous appliquons des modèles d'analyse de trajectoires dits de « sélection par pas » (Step Selection Functions, SSF). Cette approche statistique compare les déplacements réels de l'oiseau avec des déplacements simulés aléatoires pour déduire mathématiquement les préférences d'habitat. Appliquée à un contexte multi-espèces, cette méthode permet de quantifier les comportements d'attraction ou d'évitement face à des risques cumulés et d'identifier les corridors écologiques essentiels à l'échelle du territoire.
Une attention particulière est portée aux phases précoces de la vie des oiseaux (juvéniles). En raison de leur inexpérience, ces individus explorent leur environnement différemment et sont souvent plus vulnérables aux pressions anthropiques et environnementales. En intégrant cet aspect à nos modèles analytiques, ces jeunes oiseaux deviennent des indicateurs précoces de potentiels dysfonctionnements écosystémiques. Nous faisons alors l'hypothèse que l'étude de leur plasticité comportementale face à de multiples risques est une des clés pour anticiper le potentiel adaptatif et la survie des populations face aux changements globaux.

Légende : Modélisation analytique par Sélection par pas
Cette figure détaille l'approche analytique utilisée pour quantifier la réponse des oiseaux sentinelles aux pressions anthropiques et environnementales.
A. Principe de sélection par pas : La trajectoire réelle (points bleus) est comparée à des localisations "aléatoires" (points rouges) tirées depuis les distributions de pas et d'angles observés.
B. Intégration multi-couches : Les trajectoires sont croisées avec les couches de risques littoraux et les variables environnementales.
C. Modélisation sous R : L'analyse statistique estime les probabilités de sélection ou d'évitement des différents habitats face aux pressions cumulées.
Porteur du projet

Enseignant-chercheur en Chaire Junior à La Rochelle Université (projet ExcelLR). Mes travaux au sein du CEBC portent sur l'écologie du mouvement et l'ontogenèse des comportements migratoires et dispersifs. À travers SENTI-RISK, je développe des approches basées sur le bio-logging et l'analyse numérique pour comprendre l'émergence de la variabilité individuelle face aux perturbations environnementales. Je participe également à la formation des étudiants de licence et de master en biologie et écologie, notamment sur l'exploitation de grands jeux de données complexes (modélisation avec le logiciel R).
Un cadre institutionnel et collaboratif
Hébergement : Centre d’Études Biologiques de Chizé (CEBC - UMR 7372 CNRS / La Rochelle Université).
Synergie : Le projet bénéficie de l'environnement interdisciplinaire de La Rochelle Université (interfaces Écologie du mouvement, Informatique et Sciences du Littoral).
Partenariats : Le projet s’appuie sur un réseau pluridisciplinaire associant des organismes d’État, des établissements publics de recherche, des instituts privés reconnus d’utilité publique et des associations agréées de recherche scientifique et de conservation de la nature. Ces collaborations couvrent aussi bien la mutualisation de données de suivi, que le soutien technologique au déploiement des balises et la mise en œuvre de programmes de médiation scientifique en milieu scolaire.
Étudiants : une thèse de trois ans (2025-2028) et un stage de Master 2 de six mois (2026) sont actuellement en cours.
Science & Société : Un volet de transfert vers les publics scolaires est coordonné avec la cellule Science et Société de l’Université (des pages web dédiées sur ce site sont en cours de conception).
Financements
Ce travail bénéficie d'une aide de l’État gérée par l'Agence Nationale de la Recherche au titre du Plan France 2030 (référence ANR-21-EXES-0010).
